La lettre, le mot, l’image… la typoésie

Je me plonge en ce moment dans les vieux livres de typographie, d’imprimerie, de composition et c’est un vrai régal que de découvrir ou de redécouvrir le sens de la lettre, des mots, des jeux de sigles.

La lettre. Depuis les temps anciens, elle a évolué mais finalement, elle n’a pas muté.

Tout le monde déchiffre encore les mêmes alphabets, qu’ils soient cyrillique, hébreu, chinois ou arabe…

Jérome Peignot dans Typoésie nous dit : « Que les lettres de l’alphabet soient indispensables à la manifestation de la pensée est certain. Pourtant, nombreux sont ceux qui l’oublient ou le nient. Composition littéraire et plastique dont le dénominateur commun est telle que la forme et le fond sont rigoureusement indissociables. »

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Le graphiste et typographe du début du XXe siècle, Cassandre, lors du lancement du Bifure dans la revue Arts et Métiers Graphiques écrit : « Une lettre est une forme pure à l’origine mais, successivement déformée par le ciseau du sculpteur, la plume alcoolique du scribe, le burin des premiers imprimeurs épatés d’imiter cette plume avec leur petite mécanique. Nous avons essayé de restituer à cette lettre tout ce qui était à elle, mais seulement à elle. (…) Nous avons tenté simplement de rendre aux mots sa puissance d’images qu’il avait primitivement. Réduit à une forme schématique, sa puissance expression, il peut, croyons-nous, devenir plus « photogénique » pour nos rétines fatiguées. »

Mais ce n’est pas l’écriture comme nécessité de compréhension et de vecteur de communication qui m’intéresse. Ce n’est pas non plus la « belle écriture » qui attire mon attention. Pour l’instant… La belle écriture relève de la calligraphie (étymologiquement, l’art de bien former les caractères d’écriture).

Celle qui m’intéresse est celle qui joue. Celle qui s’affranchit. Seule ou accompagnée d’ailleurs…
Celle qui forme – avec ses consœurs – le mot. Elle devient alors concept ou œuvre.

Cela donne d’étonnants résultats, entre expression d’art contemporain et poésie visuelle. 
Il faut prendre son temps pour se familiariser mais c’est forcément intéressant et ne laisse pas sans étonnement.

Prenez le temps de regarder la « typoésie » de Timm Ulrichs ci-dessous, même si vous ne comprenez pas l’allemand !

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Citons également Herb Lubalin qui commencera son métier de directeur artistique dans les années 60
avec la revue très controversée Eros. Il sera surtout connu comme le père et concepteur du très beau logo de la revue Avant_Garde.

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Quant au brésilien Décio Pignatari, il commence à mener des expériences avec le langage poétique, intégrant des éléments visuels et la fragmentation des mots dans les années 1950. Ces aventures verbales ont abouti au mouvement esthétique « concrétisme »…

Ci dessous : Man Woman + Organismo

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“Silencio, ” by Eugen Gomringer

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Crédits photos :

© Foto: Museum Ritter / Timm Ulrichs « ordnung – unordnung » in der Ausstellung « Blick zurück nach vorn ». 
Jenny, Laurent (2003). Versification, Méthodes et problèmes. Genève: Dpt de français moderne.
http://www.clas.ufl.edu/users/perrone/bvp%20jpg/Signs%20of%20Intercourse

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Comments

    • Frédérique Game says

      Quelle chance tu as :) Je l’ai trouvé à la médiathèque, c’est déjà incroyable car ce n’est pas forcément un livre « grand public ». À tort, à mon sens…
      Je crois que tout comme toi, je reste attachée à cette culture de la lettre, de la typo, des mots… et reste optimiste, malgré le brouhaha, ils ne sont pas prêts de s’envoler, il faut juste faire des piqures de rappel culturel !

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